Contribution de Corine Faugeron et Françoise Kiefe – « L’écologie politique et le féminisme: la politique autrement »

Les mouvements féministes et écologistes ont fait, avant que cela ne devienne un cliché, de la “politique autrement” , en renouvelant les pratiques politiques, aussi bien dans leur fonctionnement interne que dans leurs apparitions publiques.

Pour les écologistes, le respect de la diversité des approches était une nécessité……car ce mouvement était issu d’une multitude d’actions de terrain diverses. La principale révolution des pratiques fut avant tout la mise en cause des pouvoirs. Des règles de fonctionnement originales ont cherché à limiter, partager les pouvoirs, d’où une complexité des statuts des Verts….

Mais le premier souci fut d’établir un réel partage des pouvoirs entre les femmes et les hommes: dès leur fondation: des règles de parité ont été édictées dans les statuts des Verts.

La course aux postes a changé les donnes au niveau de la parité: partage du temps de parole, parité dans les tribunes, etc…

 

Féminisme et écologie devaient s’enrichir mutuellement.

Le fondement du féminisme, c’est la mise au jour de l’inégalité profonde entre les sexes.  Aux hommes la culture, l’histoire, la technique et les progrès de l’humanité, aux femmes la nature, la prolongation de l’espèce et des normes. C’est tout cela que le féminisme dénonce. Le féminisme s’affirme comme un nouveau paradigme, une nouvelle façon de considérer la société.

C’est par la sociologie et la psychanalyse (Guattari) qui considèrent le rapport entre genres ou entre l’individu et son environnement familial comme des rapports sociaux, que le féminisme apparaît comme une “écologie de l’esprit” et de la vie quotidienne.

 

Quelles sont les origines de l’écologie politique?

Les grandes lignes politiques des Verts grâce à l’investissement de femmes comme Solange Fernex par exemple se sont concentrées sur les idées de respect de la personne humaine, ce qui implique la solidarité avec le tiers monde et avec les excluEs, le respect des ressources

L’écoféminisme défend l’idée que la domination imposée par les hommes, à la fois sur les femmes et la nature, a engendré la situation de crise environnementale qui frappe la planète.

 

Devant la crise écologique, “l’écoféminisme” estime que ce sont les mêmes mécanismes qui excluent et asservissent les femmes, qu’à l’encontre de la nature. Les victimes en sont la femme, l’enfant, le bien vivre, l’eau, les sols, l’air les plantes ….bref la survie de notre planète.

A partir de cette intime conviction qu’il faut tout faire pour préserver la planète et sa biodiversité, tout s’enchaîne avec cohérence: l’action humanitaire en faveur des pays en développement, pour le respect des droits humains et de la santé, la protection de la nature, la lutte pour le désarmement, et l’arrêt des essais atomiques

L’écoféminisme au Sud:  quand développement durable rime avec femme et écologie

Ainsi par exemple dans de nombreux pays du Sud, les femmes, principales pourvoyeuses de nourriture, de soins et principales victimes du développement construisent des alternative

Vandana Shiva, son combat contre les OGM

Une voix nous vient de l’Inde: physicienne et militante Vandana Shiva lie la défense des conditions des femmes à celle de l’environnement

Lors des conférences internationales, des FSM , c’est là que l’Indienne  Vandana Shiva parle du “mouvement Chipko”, de ces femmes qui, longtemps avant la conférence de Pékin de 1995, embrassaient des arbres pour empêcher des coupes rases sur les pentes de l’Himalaya.  Empêcher la destruction des forêts par les industries était une façon de préserver des modes de gestion collective et des usages communautaires d’un milieu de vie.

Il s’agit pour Vandana Shiva de définir ce qu’elle a théorisé avec Maria Mies sous le terme de “perspective de la subsistance”; de rendre visibles les modes de développement rendus invisibles; de mise en avant des pratiques réelles de production des femmes.

Les savoirs faire des femmes associées pour maintenir, promouvoir des pratiques agroécologiques, préserver et développer la biodiversité….

C’est dans ce sens que Vandana Shiva a mené et mène toujours, devant les tribunaux indiens la lutte contre le brevet américain sur le riz basmati;du plus local,  au plus global, à l’ONU , dans les FSM, pour s’opposer à l’offensive des droits de propriété menée par les multiples institutions du capitalisme international.

Sans oublier Wangari Maathai  Prix Nobel de la Paix,  écologiste…….

Wangari Muta, secrétaire d’Etat à l’Environnement Kenyan et militante écolo, a reçu en 2004 le Prix Nobel de la Paix “pour sa contribution en faveur du DD, de la Démocratie et de la Paix.”

“La paix sur la Terre dépend de notre capacité à améliorer notre environnement” a indiqué le comité Nobel”

1ère africaine à être honorée de cette distinction; elle a  expliqué comment des paysannes du Kenya ont réussi à planter 20 millions d’arbres en 20 ans

Elue écologiste au parlement kenyan en décembre 2002, devenue ministre adjointe à l’environnement, aux ressources; elle fut également à la tête du plus grand projet de reboisement d’Afrique (Mouvement Ceinture Verte :Green Belt Movement ) depuis sa création en 1977.

Cette organisation s’est donné pour but de promouvoir la biodiversité, de créer dans le même temps des emplois et de donner aux femmes une identité plus forte au sein de la société.

Grâce à l’action de son mouvement contre la déforestation, facteur de sécheresse et de pauvreté pour les populations locales, plusieurs dizaines de millions d’arbres ont été plantés au Kenya

 

Pour la création d’une conférence des femmes (motion adoptée au CF du 10-11 octobre 2015)

Les femmes actrices de la transition écologique et sociale

La dernière mobilisation de nombreuses ONG et associations féministes lors de la COP 21 a encore une fois mis en évidence les liens entre les inégalités femmes – hommes et les effets du changement climatique et de la dégradation de l’environnement

Parce que les effets du changement climatique touchent principalement les populations les plus précaires et  que les femmes représentent 70% des personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour dans le monde ( Banque mondiale, rapport sur le développement dans le monde, Egalité des genres et développement COP 2012); elles sont les premières victimes du changement climatique

  • Les femmes possèdent des savoir faire spécifiques dans la préservation des ressources naturelles, la protection de la biodiversité, la valorisation énergétique ou encore la gestion d’une agriculture durable
  • Les femmes sont également porteuses de solutions innovantes pour s’adapter au changement climatiques. Elles développent des stratégies d’adaptation, souvent au niveau communautaire, qui engendrent des effets directs sur l’amélioration des conditions de vie des populations locales

Aujourd’hui, elles s’organisent contre les entreprises transnationales et multinationales,  contre l’industrie extractive,  contre l’agriculture intensive, contre la privatisation de la nature, pour la souveraineté alimentaire et la défense des biens communs.

De ce fait, elles ont le pouvoir d’initier des changements dans nos modes de consommation et de production, et c’est ce qu’elles font. Le système des AMAP a été imaginé et mis en place dans les années 60 par des femmes japonaises.

« Mais victimes n’est pas synonyme de passives ! Les femmes ont toujours  lutté pour survivre et permettre la survie de  leur communauté. » 

On constate que les femmes sont engagées dans tous les mouvements écolos et de défense des biens communs; leur rôle est déterminant dans les luttes pour préserver leur terre (par exemple, aux Etats-Unis la participation des femmes dans le mouvement du Love Canal contre la discrimination raciale et la pollution urbaine a donné  naissance  au mouvement de justice environnementale. ,…) mais partout l’invisibilité de leur travail et de leur implication empêche une véritable alternative de voir le jour

Sans les femmes ( comme le défendait R.Dumont dans son dernier ouvrage sur l’Afrique, René Dumont, fondateur de l’écologie politique française, avait bien compris (sans doute sous l’influence de Charlotte Paquet) que le changement des modes de vie viendrait des femmes: “ Sans les femmes, le changement de système indispensable ne pourra  avoir lieu.”

 

  • La prise en compte de la force de mobilisation des femmes est un préalable dans l’élaboration et la mise en œuvre d’alternatives globales au système mortifère et inégalitaire dans lequel nous vivons.
  • Les stratégies développées par les femmes doivent être rendues visibles, doivent être politiquement soutenues et  financées de manière transversale dans toutes les politiques et actions d’atténuation et d’adaptation. 

 

Le jour où il est porté attention aux femmes, c’est gagnant /gagnant pour l’ensemble de la société

En s’inspirant des ONG et des associations féministes qui oeuvrent pour renforcer la place des femmes dans notre société en construisant des réseaux et en assurant la coordination des projets,  nous avons fait adopter en CF une motion demandant la création d’une conférence des femmes, réunissant divers-es représentant-es civil-es et politiques nationaux et transnationaux.

Cette conférence devra être consultée pour chaque prise de décision et  élaboration de recommandations.

Faites confiance aux femmes pour faire vivre le bien commun puisque dès leur naissance elles apprennent qu’elles ne sont pas seules sur terre ni seules à décider.

 

 

Corine Faugeron  et Françoise Kiéfé, femmes imprévisibles