Contribution de Mathieu Béchu Diaz – « L’amour de l’Europe se construit »

Les élections européennes ont toujours été un enjeu électoral important pour les écologistes. Et les prochaines auront lieu en 2019. Mais peut-être serait-il temps de sortir des seuls enjeux électoraux pour entrevoir quelle Europe nous voulons construire ensemble.

Alors j’arrête tout de suite les critiques, qui, de ce raisonnement préliminaire pourraient en tirer des conclusions hâtives, je suis pro européen, je suis pour une Europe écologique, sociale, juste et solidaire, mais je reste un européen critique.

Nous ne pouvons plus nous contenter d’une binarité entre pro et anti si nous voulons faire échec aux nationalismes et racismes grandissants partout en Europe, nous devons réouvrir à la critique, nos analyses passées et entrevoir l’Europe actuelle comme elle, pervertie par le libéralisme, déconnectée des réalités voir technocratisée, mais malgré tout toujours porteuse d’un espoir fou d’un avenir solidaire et commun.

Les grands débats européens à venir doivent nous pousser à entamer une réflexion collective et globale sur notre place en Europe, notre place comme citoyen.ne.s, notre place par rapport à nos identités multiples et régionales, notre place comme écologistes mais surtout à quelle Europe nous voulons rêver ensemble.

Malheureusement l’Europe a failli

Pour atténuer nos craintes face à la lenteur européenne ou aux errances technocratiques nous avons tendance à nous réconforter avec l’idée juste mais insuffisante que l’Europe est encore jeune. Il est vrai que la démocratie ne s’est pas faite en un jour, cependant il semble que l’Europe est déjà engagée sur le mauvais chemin.

La crise des réfugiés, n’a pas été qu’un simple échec de la solidarité européenne, mais bien un crime collectif des Etats européens. Les mots sont forts mais ces enjeux fondamentaux restent tellement loin des préoccupations collectives.

Des millions de personnes ont fui la guerre, la violence et la mort pour se jeter avec force sur les fondations d’une Europe toujours en construction. La faute n’est pas la leur, peut être avons nous fait l’élargissement trop vite, peut-être n’avons-nous pas assez pensé et construit l’Europe politique, mais quoi qu’il en soit la faute est surtout la nôtre.

De plus en plus d’européen.ne.s ferment les yeux face à l’horreur qui se déroule à nos portes. La crise des réfugiés a été l’illustration de la fin du principe de solidarité entre les Etats membres pourtant inscrit à l’article 3 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Malte, l’Italie, Chypre ou la Grèce ont demandé en vain l’assistance des pays de l’Union qui se sont réfugiés derrière les principes du règlement de Dublin pour justifier leur inaction. Nous avons délégué la responsabilité à l’Europe sans agir sur la nôtre. Cependant il n’est pas trop tard pour remettre la solidarité, le droit d’asile ou la dignité humaine au cœur du projet européen.

Les scandales sanitaires et alimentaire à répétition de la vache folle, au médiator en passant par les œufs contaminés n’ont fait que relever le manque de contrôle sanitaire des autorités européennes qui ont préféré laisser la porte ouverte à la privatisation des agences nationales de contrôle qu’à une exigence publique et donc collective des contrôles pour notre santé.

Le libéralisme utlra échangiste a pris petit à petit le pas sur nos normes sociales nationales. Ainsi l’instauration comme acquis fondamentaux par l’Union de la libre circulation des entreprises, des capitaux et des services comportait déjà en son sein les risques d’une casse sociale massive devenue réalité. Par le biais de la directive sur le détachement des travailleurs de 1996, une entreprise d’un Etat membre peut envoyer travailler ses salarié.e.s dans un autre Etat membre tout en continuant à payer les cotisations sociales dans son pays d’origine où elles sont moins élevées.

Le problème ne se réduit pas au « plombier polonais » détaché en France, c’est bien un autre problème qui est en jeu celui de notre gouvernance économique comme fiscale laissée aux entreprises du grand capital qui pour augmenter leur marges choisissent presque constamment le moins disant social.

Mais l’Europe n’a encore pas échoué

Erasmus comme toujours reste le meilleur exemple et le plus parlant de la réussite européenne, celle d’un enseignement multilingue ouvert sur l’Europe, ses régions et ses histoires laissant entrevoir la construction d’une génération multiculturelle européenne ayant grandie ensemble et voulant continuer à le faire.

Cette année Erasmus a fêté ses 30 ans et a permis à plus de 5 millions de jeunes de partir en échange à l’étranger. Même si ce programme européen reste un outil à deux vitesses, excluant une partie de la jeunesse européenne faute de moyens, il reste selon un sondage BVA du 30 mai 2017 la plus belle réalisation concrète de l’Europe et ce n’est pas la seule.

La coopération scientifique européenne n’a pas à rougir à l’exemple du projet « sentinelle », issu du programme Copernicus qui rassemble la crème de la crème des chercheurs et chercheuses européen.ne.s afin de permettre une meilleure observation de la Terre. Ce projet a pour objectif d’offrir à tou.te.s les citoyen.ne.s un service d’information en temps réel et de prévision sur la qualité de l’air, l’état des sols, le niveau des mers ou les catastrophes naturelles. Les trois satellites d’ors et déjà lancés offrent à tou.te.s les citoyen.ne.s de notre planètes des images accessibles en open data. Une meilleure information, une connaissance plus fine du changement climatique accessible à tou.te.s est possible et l’Europe y travaille.

Mais l’Europe c’est aussi des droits sociaux. Prises sur l’axe de la protection de la santé et de la sécurité au travail, l’Union a adopté des mesures trop souvent méconnues mais tellement actuelles protectrices de nos droits sociaux. Par exemple la directive sur le temps de travail adoptée en 2003 garantit une harmonisation minimale du droit du travail. Elle prévoit une durée maximale de 48 heures de travail hebdomadaires en moyenne (heures supplémentaires incluses), ou un maximum de 8 heures pour le travail de nuit quand le premier projet El Khomri voulait revenir largement sur ces acquis sociaux. Le socle social européen existe, mais nous devons le renforcer.

L’Europe nous protège encore pourtant elle a pris le chemin d’un ultraliberalisme de plus en plus éloigné de l’humain, et de son environnement. Le repli sur soi nationaliste souvent xénophobe et raciste doit être farouchement combattu.

Les années à venir doivent être celles d’une refondation européenne. Menée par le Parti Vert Européen la redéfinition d’un projet écologiste de transformation, sociale et environnementale vers une société de post croissance ne tient qu’à nous. Faisons le choix de rêver ensemble !