Karima Delli – TAFTA: « S’il veut redorer son bilan, je conseille à M. Hollande de tourner la page de cet accord »

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Alors que s’ouvre ce lundi à New York un nouveau cycle de négociations sur le TAFTA, plusieurs voix s’élèvent des deux côtés de l’Atlantique. C’est le cas de l’eurodéputée EELV, Karima Delli, interrogée sur RMC, pour qui il faut tout simplement refuser les principales mesures de ce traité.

Le Traité de libre-échange transatlantique fait grincer des dents. Le 13ème cycle de négociations débute ce lundi à New-York entre Etats-Unis et Union européenne. L’objectif de ce traité est d’instituer une zone de libre-échange et d’investissement entre les États-Unis et l’UE et de créer ainsi un marché commun aux règles simplifiées, entraînant ainsi une uniformisation des normes. Ce point précis mènerait, selon les détracteurs du projet, à une régression sanitaire.

« Les normes européennes vont être affaiblies, sous le poids de négociations tenues par des multinationales qui, elles, ne veulent pas des normes par le haut mais par le bas, s’emporte Karima Delli, eurodéputée EELV, vivement opposée au projet. Avec ce texte, les normes sociales comme environnementales ne seront pas respectées. Par exemple, aux Etats-Unis, il y a du poulet au chlore ou du poulet OGM. En Europe, c’est interdit mais avec le TAFTA on pourra retrouver ces produits dans nos assiettes ».

« Un manque de visibilité totale sur les négociations »

« Il faut savoir que le traité de libre-échange a pour but premier de créer une zone de libre-échange et notamment d’harmoniser les normes mais en baissant les normes douanières, rappelle-t-elle encore. Le but est de faire en sorte que les entreprises américaines aient un poids plus important sur le marché européen que les entreprises européennes sur le marché américain ».

L’opacité dans laquelle se déroulent les négociations est aussi pointée du doigt, mais pour les défenseurs du projet, il s’agit avant tout d’une promesse de croissance de part et d’autre de l’Atlantique: le TAFTA couvrirait près de la moitié de l’économie mondiale. « Il y a un manque de visibilité totale sur les négociations, ne décolère pas Karima Delli dans Bourdin Direct. C’est l’UE qui négocie avec les Etats membres. C’est scandaleux parce que les parlements nationaux n’ont pas été consultés. En termes de choix démocratique, c’est donc un scandale ! »

« Ce texte remet en cause nos modes de vie »

Pour justifier son opposition au projet de libre-échange, l’eurodéputée EELV s’appuie sur le traité qui régit l’économie entre les Etats-Unis et le Mexique. « Ce texte devait engendrer une forte croissance et la création de milliers d’emplois. Or, c’est tout le contraire. Cela a détruit des petits emplois et l’on s’est retrouvé dans une situation complètement catastrophique ». Elle estime aussi qu’avec le TAFTA, « on va laisser notre justice être complétement dépassée par un système d’arbitrages privés qui va permettre aux multinationales de s’opposer à nos lois si elles estiment qu’elles sont contraires à nos intérêts ».

Et d' »envoyer un message très clair à M. Hollande »: « Il est temps de vous réveiller. La France n’aurait jamais dû commencer ces négociations. On n’arrive même pas à se mettre d’accord au niveau européen sur des sujets tels que la fiscalité, l’accueil des réfugiés ou le plan Juncker. Donc si M. Hollande veut redorer un peu son bilan, je lui conseille de tourner la page de cet accord de libre-échange. Ce texte remet en effet en cause nos modes de vie, nos normes sociales, nos normes environnementales…  »

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